ON VOUS EXPLIQUESOCIÉTÉ

On vous explique : Le régionalisme flamand

En cette rentrée, votre média inaugure plusieurs nouvelles rubriques. Ce mardi 15 septembre, c’est autour de « On vous explique », votre nouveau rendez-vous de décryptages et d’explications. Il portera essentiellement sur des sujets attraits aux caractéristiques qui font de la Flandre française ce qu’elle est. Et pour commencer, nous allons parler politique.

Un peu de contexte

Depuis sa partition entre différents états à la suite de conflits armés, la Flandre est désormais répartie au sein de trois pays : La Belgique, les Pays-Bas et … la France. Au pays de Marianne, c’est un pouvoir très centralisé qui s’exerce. Toutes les décisions prises à Paris s’appliquent sur l’ensemble du territoire et ne permettent pas d’adaptations locales. Pourtant, la France n’est pas un territoire uniforme. Selon EuroMinority, pas moins de dix peuples cohabitent au sein de la même entité administrative. Parmi eux, les français bien-sûr, mais également les alsaciens, basques, bretons, catalans, corses, mosellans, occitans, savoyards et … les flamands.

Aujourd’hui, l’organisation administrative du pays est encore très centralisée. Le gouvernement s’appuie sur une assemblée qui lui est souvent majoritaire pour exercer le pouvoir à travers toutes les contrées. Ces deux institutions s’appuient également sur les conseils régionaux et départementaux qui disposent de budgets pour décider de leur distribution. Bien que nommés « conseils », les deux instances n’ont pas réellement de pouvoir étendu et demeurent dans le sillage de l’exécutif central de Paris, ce qui suscite un certain sentiment d’infantilisation et d’injustice et contribue au ressenti territorial qui gagne progressivement en popularité.

Cette organisation est aujourd’hui de plus en plus critiquée à travers les territoires spécifiques où vivent les minorités précédemment citées. Si les corses ont récemment obtenu un statut particulier, la création d’une assemblée et d’un réel exécutif local, il n’en est rien ailleurs.

Le régionalisme, qu’est-ce que c’est ?

Le régionalisme est un courant politique et idéologique visant à préserver l’identité, la culture et les intérêts d’un territoire restreint. Les revendications portées peuvent alors être diverses et variées, tout comme le positionnement sur l’échiquier politique. Ces idées peuvent donc s’exprimer via une multitude de possibilités. Souvent, les plus modérés optent pour une certaine modération et une action à une échelle personnelle ou peu collective, comme la création d’associations visant à sensibiliser aux cultures et identités défendues, mais d’autres semblent plus enclins à exprimer des projets plus aboutis et ambitieux, comme la formation de mouvements politiques et un engagement sur les devants de la scène.

Chronique d’une Flandre en pleine mutation

Dans notre territoire, où l’Histoire et l’influence qu’y conserve la Flandre belge voisine rappellent toujours sa situation particulière, la volonté de défendre les spécificités qui en font ce qu’il est n’est pas née récemment. Au vingtième siècle déjà, plusieurs personnalités ont défendu l’identité du territoire. Toutefois, le courant régionaliste contemporain ne s’est vraiment manifesté qu’à partir de 2008, lorsque, mécontents du changement de nom d’un collège dunkerquois, des extrémistes avaient menacé son principal. Médiatisée et judiciarisée, l’affaire, qui a alors fait grands bruits dans la presse régionale et nationale, lui avait donné une certaine importance, avant qu’il ne retombe irrémédiablement dans l’oubli.

Mais en Flandre, le régionalisme n’est pas seulement l’affaire de quelques uns. Lors des élections municipales de 2014, plusieurs candidats issus de tous horizons politiques (de droite, comme de gauche), en ont alors porté plusieurs aspects dans leurs programmes et quelques villes et villages se pareront progressivement de drapeaux flamands et de panneaux bilingues au cours de la mandature.

Plus récemment encore, un nouveau souffle politique s’est insufflé en Flandre. Au plus fort de la crise des « gilets jaunes », les débats et réflexions se multiplient et certaines idées régionalistes font leur retour en grâce sur les ronds-points. Terreau fertile pour son développement et sa diffusion au sein d’une population plus large, il aura été favorable à son affirmation.

Actuellement, et alors que la trouble période que nous venons de connaître nous rappelle la nécessité de changer les modes de vies et de gouvernance que nous connaissons, ce courant semble désormais vouloir s’affirmer et les prochaines décisions liées à la décentralisation souhaitée par Jean Castex pourraient aller en ce sens.

Quelles revendications pour quelles ambitions ?

S’il est un élément qui cristallise aujourd’hui les tensions, il s’agit bien évidemment de la langue flamande et de sa cohabitation avec le français. Alors que l’Éducation Nationale a supprimé l’enseignement optionnel du dialecte régional depuis la rentrée 2019, élus et habitants militent actuellement pour que le rectorat rétropédale. Une marche devrait, par ailleurs, se dérouler à Lille le 10 octobre dans ce but.

La préservation et la rediffusion de ce qui contribue à conserver l’identité du territoire est maintenant l’une des principales revendications portées par les régionalistes en Flandre française. Ces derniers aimeraient également voir le flamand prendre possession de la signalisation routière et dans les lieux publics. Cela sera chose faite prochainement dans de nouvelles communes, notamment en Flandre intérieure où d’autres choix liés à la transition écologique ont également été annoncés.

Outre la langue et la culture, d’autres vont plus loin. Confortés par les résultats obtenus lors des dernières élections municipales (en 2020), certains désirent désormais se réunir sous les couleurs d’un parti pour promouvoir un programme cohérent à l’échelle de notre région topographique lors des prochains scrutins régionaux (2021), nationaux (2022) et municipaux (2026).

Pour les adhérents à cette idée, la formation d’un mouvement ou d’un parti politique permettrait d’apporter une visibilité et une cohérence dans les intérêts du territoire où la plupart se sentent tout autant flamand que français. Reste désormais à savoir si une personnalité parviendra à faire abstraction des divisions qui règnent encore et réunir autour d’elle des clivages que l’on dit irréconciliables, notamment au sujet de l’écologie et de l’aménagement du territoire.

Dans un avenir proche, les plus rêveurs se laissent tenter par l’octroi d’un statut particulier pour un territoire qui voudrait pouvoir se gouverner par lui-même grâce à une assemblée et un exécutif local, soit « l’exemple corse ». Chimère ou réalité ? Réponse dans quelques années.

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