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Mobilité : De la capitale des Flandres au Westhoek et au littoral, galère sur toute la ligne

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Tous les jours, ce sont plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes qui montent dans les trains régionaux qui sillonnent le Westhoek et permettent des liaisons directes avec Dunkerque et Lille (photo). / Photo : Gaël Autier

Résignation et colère. Ce sont les mots régulièrement véhiculés par les usagers de la ligne reliant Lille au Westhoek et au littoral flamand. Il ne s’écoule jamais une journée sans qu’un événement ne vienne perturber, fortement ou non, le trafic des dizaines de trains régionaux et à grande vitesse (jusqu’à 122 en semaine) qui sillonnent au quotidien les plus de 90 kilomètres de réseau ferroviaire qui perme la desserte de dix-huit arrêts, stations ou gares en Flandre.
Des travaux qui se répètent, des trains courts et bondés, retardés ou supprimés pour des raisons diverses et très variées, de arrêts supprimés ou ajoutés au gré des perturbations. Le panel de désagréments auquel doivent faire face les flamands devant monter, occasionnellement ou régulièrement, dans les rames, dont l’état est également très varié, qui s’élancent de Calais-Ville, Dunkerque, Hazebrouck ou Lille-Flandres en direction de ces mêmes agglomérations, est large et fourni.

Expériences in-vivo

Afin de mieux comprendre l’étendue des incidents, ces dernières semaines, régulièrement pris l’initiative de délaisser la voiture et les transports publics interurbains au profit du train pour réaliser des trajets entre la capitale des Flandres et celle de la Flandre intérieure, Hazebrouck. Cela nous a permis de vivre certains tracas du quotidien auprès d’usagers que nous n’avons pas manqué d’interroger.
Mardi 3 septembre dernier, plusieurs centaines d’usagers se sont retrouvés bloqués au niveau des points d’arrêt noirs de monde et dans plusieurs trains qui ont été immobilisés sur les voies à la suite d’incendies de végétation qui se sont déclarés sur le territoire des communes de Noordpeene et de Zuytpeene, entre les gares de Dunkerque et d’Hazebrouck. Cet événement, survenu au moment de l’heure de pointe, a occasionné d’importantes répercussions, qui auraient pu être minimisées, dans toute la région flamande.
« Je suis arrivé en gare de Lille-Flandres à 18h45 pour un départ à 19h et une arrivée chez moi à 19h45. Le train n’est parti que peu avant 20h. Durant ce temps, on nous a fait changer plusieurs fois de rame et traverser plusieurs quais » nous glisse alors Julien, usager très régulier de la ligne habitant à une quarantaine de kilomètres de la capitale des Flandres où il travaille, avant de poursuivre son récit « Par la suite, le train s’est arrêté plusieurs fois, notamment près d’Armentières où j’ai bien cru qu’on allait nous ramener vers Lille quand il a commencé à reculer pour ensuite poursuivre son trajet. Ce que je ne comprends pas, c’est le fait qu’un incident provoque l’interruption du trafic entre Lille et Hazebrouck alors que la ligne se débranche ensuite vers Calais ou Dunkerque. Les trains pouvaient circuler sur ce tronçon, alors pourquoi stopper la circulation ? » s’interroge-t-il finalement, comme de nombreux usagers ce soir-là.
Ce n’est pas la première fois qu’un incident survenant sur un tronçon pouvant être isolé du reste du réseau, provoque l’interruption du trafic sur l’ensemble de la ligne, cela même alors que les trains régionaux et TGV peuvent aisément être mis en attente ou rebrousser en gare de Hazebrouck où plusieurs trains peuvent être répartis sur trois quais qui permettent un accès sécurisé à six voies électrifiées d’où partent quotidiennement des trains vers Arras, Calais, Dunkerque, Lille et Paris. Une meilleure régulation du trafic, si elle ne réglera jamais réellement la perturbation en imminence, pourrait empêcher une telle pagaille de se reproduire, notamment en autorisant les conducteurs des trains devant poursuivre leur trajet sur la section impactée, à faire descendre leurs passagers (en cas d’interruption de longue durée) afin de pouvoir rebrousser et assurer un service minimum sur le reste du réseau.
Autre date, autre expérience. En pleine canicule, alors que le nombre de trains en circulation est réduit entre Lille et le Westhoek, c’est une rame courte qui a été affrétée pour l’heure de pointe du soir. Il est 18h, il fait alors presque plus de 30°C à l’extérieur et les usagers se ruent littéralement sur les rares places assises disponibles dans le train qui n’est pas climatisé. Toutes les fenêtres pouvant être ouvertes le sont et il train prendra ce jour-là presque 20 minutes de retard à l’arrivée. « Une habitude » réagiront les usagers mécontents.

Sens, non-sens, manque de reconnaissance

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, après l’annonce, il y a quelques mois, de la fermeture de la ligne ferroviaire qui relie Lille à Comines en traversant le nord-ouest de la métropole lilloise, c’est désormais la ligne qui sillonne le Westhoek qui semble être la prochaine victime de décisions hasardeuses, mais concertées, de la région Hauts-de-France et de SNCF Réseau. Selon des informations concordantes, les trains circulant actuellement avant 5h du matin et après 21h pourraient être supprimés, lors de la mise en place du service annuel 2020, à partir du mois de décembre prochain. Cela pénalisera les travailleurs nocturnes et les salariés travaillant en horaires décalés. Interrogées, les instances régionales ne mâchent pas leurs mots : « Si le rail est un service public, on ne pourra plus faire rouler des trains qui sont peu empruntés ! C’est un non-sens ! Ces personnes-là sont invitées à trouver une solution. Une aide au covoiturage sera mise en place ultérieurement »

Cette réponse n’a pas manqué de faire réagir ces mêmes usagers, outrés : « C’est absurde ! Je prends le train à 04h48 de Hazebrouck vers Lille. Il n’y a pas de covoiturage à cette heure-là ! C’est encore l’usager qui pâtit de l’incompétence de nos politiciens » répond alors un homme d’une quarantaine d’années en tête dudit train. « Tu parles ! Ils sont très compétents quand il s’agit de leurs intérêts personnels. Il est temps que cela change ! » rétorque finalement une autre usagère, très remontée face à une décision qu’elle juge scandaleuse. « On nous vend une augmentation du nombre de trains entre Lille et Hazebrouck pour pallier à la réduction du nombre de dessertes entre Dunkerque, Hazebrouck et Paris, mais derrière on supprime des liaisons qui permettent aux salariés d’arriver à l’heure ou de partir à l’heure de leur travail pour en ajouter à d’autres heures. D’autre part, on sait maintenant que l’on ne pourra plus profiter de la soirée sur Lille et qu’on sera dans l’obligation de rentrer dans les villages tôt le soir. On se sent punis et oubliés. Là-dessus, je peux comprendre les gilets jaunes » ajoute-t-on finalement dans le dernier train partant de Lille, à 23h12. Pas sûr néanmoins que la colère fasse changer de position l’exécutif local. Seule une réelle mobilisation pourrait conduire à une réflexion. Et même si une « grève du billet » est évoquée, il n’est pas certain qu’elle ait vraiment lieue.

Publié le 11/09/2019 – 18:05
Par : Gaël Autier
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