Une manifestation à Lille pour entendre de nouveau siffler le train de nuit

Vendredi 20 octobre, une trentaine de manifestants se sont rassemblés en fin d’après-midi devant la gare de Lille-Flandres. À l’appel du collectif ‘Oui au train de nuit’ et de plusieurs organisations non gouvernementales, ils entendaient interpeller les usagers, la SNCF et les décideurs politiques sur la nécessité de rétablir un réseau de liaisons nocturnes entre les régions.

Lille, carrefour européen isolé

Derrière la grande banderole déployée sur le parvis, Karima Delli exhorte le gouvernement à s’engager en ce sens. « Tous les trajets entre 800 et 1800 kilomètres peuvent être remplacés par des trains de nuit« , indique l’eurodéputée. « En 2017, j’ai demandé la relance des trains de nuit. Ça faisait rire », évoque l’actuelle présidente de la Commission des Transports au Parlement européen. « Désormais l’Europe agit. Aujourd’hui, il y a besoin que les États membres se mobilisent ».

Mais si Élisabeth Borne s’engage activement dans leur relance depuis 2018, le grand soir tant espéré n’est pas encore venu. Après la remise en service progressive de quatre lignes dans le sud du pays, d’autres vont rester en sommeil. À l’automne 2023, l’État a lancé une mission pour la construction de nouveaux trains, mais le nombre de voitures commandé est trop faible pour honorer la promesse faite par le Président de la République en 2022. Certaines des dix nouvelles lignes évoquées pour l’année 2030 ne verront donc pas le jour. C’est notamment le cas des relations dites « transversales », qui n’ont pas Paris pour origine ou destination.

Privée de trains de nuit depuis 2009, la Flandre restera donc en marge du futur réseau. Pourtant, une étude dévoilée par le gouvernement en 2021 pointait Lille (Rijsel) comme un nœud ferroviaire essentiel pour le développement d’une offre nocturne. « Située entre trois capitales européennes, Lille est bien placée pour bénéficier à l’avenir de trains de nuit vers de nombreuses destinations », insiste le collectif. Malgré cela, les lignes Lille – Nice, Bruxelles – Alpes ou encore Paris – Lille – Copenhague – Malmö resteront à quai.

« Il faut arrêter avec les bagnoles et les avions »

Face à ce constat d’échec, les élus locaux n’en démordent pas. Dans le sillage de Karima Delli, Julien Poix interpelle directement Emmanuel Macron. « Il faut arrêter avec les bagnoles et les avions », fustige le conseil régional. De son côté, Stéphane Baly critique vivement le projet d’agrandissement de l’aéroport de Lesquin. « La majorité des destinations sont accessibles par le rail. L’agrandissement de l’aéroport vise à concurrencer le train », dénonce le Président de ‘Lille Verte’. « On gagnera au contraire à impulser le train aussi avec le train de nuit ». Un point de vue largement partagé par le collectif ‘NADA Lille’.

‘Oui au train de nuit’, en pointe depuis 2016

Désormais, cette mobilisation doit en appeler d’autres. Loin d’être découragés, les membres de ‘Oui au train de nuit’ travaillent activement sur des propositions concrètes. Sur son site internet, le collectif propose la création d’un réseau de 30 lignes qui pourraient transporter 10 millions de voyageurs par an d’ici 2030. Ces dessertes maillées permettraient de reconnecter les différentes régions de France entre elles, en s’affranchissant d’un centralisme parisien de plus en plus mal perçu. Grâce à des temps de parcours raisonnables et des prix attractifs, le train de nuit favoriserait un mode de transport, durable, économique et confortable.

Reste maintenant à savoir si l’Etat se donnera enfin les moyens d’agir pour répondre à une demande croissante de transports durables, ou si les prochains gouvernements continueront de faire la sourde oreille. Quoi qu’il en soit, les prochaines années seront décisives et de nouvelles manifestations seront organisées prochainement dans la région.

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